Ma vie professionelle (II)

par Ecchymoses  -  19 Décembre 2016, 14:01  -  #Vie professionnelle

Ma vie professionelle (II)

Consigne d'un atelier d'écriture : Ecrire un texte en 3 parties commençant par « Pour moi le boulot c'est... »

Pour moi, le boulot ce fut le plaisir de créer des petites choses au quotidien, de façonner un monde idéal, de vivre un engagement politique de chaque instant, d’être en communion avec moi, avec l’autre (si c’était un enfant) avec l’univers. Ce fut du plaisir et les barricades où asseoir mes différences .

J’avais 30 ans, je travaillais à l’Athénée Royal de Jambes : grosse école, de la maternelle à la dernière année du secondaire, 1500 élèves. Quand le directeur de l’école de mes enfants, avec lequel nous partagions de longues discussions pédagogiques, me proposa de monter un projet pour entrer dans son école, je fus très créative : apprendre à lire, écrire et compter par le corps. Projet emballé, approuvé et contrat signé.

Dès la rentrée de mes 30 ans, je commençais à l’école où j'ai vécu le reste de ma carrière d' institutrice primaire. Mon directeur, grand pédagogue, était le seul homme de l’école. Mes collègues, au nombre de 8, étaient toutes féminines. Quand nous étions en déplacement collectif pour une conférence, on nous désignait comme son harem. Forte personnalité, imposant, clairvoyant, j’aurais pu le trouver dictatorial si je n’avais été tant sur la même longueur d’onde que lui. Il m’a laissé carte blanche. J’ai créé un nouveau métier : la psychomotricienne pédagogue. Les enfants et leurs parents étaient aux anges : chacun s’étonnait de tout ce qu’ils pouvaient apprendre en « faisant de la gym ».

Exemple d’un cycle : les tout petits inventaient un circuit de gym et laissaient des traces au sol en contournant les engins pour que la classe suivant puisse reproduire le circuit. A leur tour, après avoir testé le circuit, ces enfants, retraçaient les formes sur une feuille pour garder la mémoire de ce qui leur avait plu. Plus critiques, les élèves de l’année suivante, calculaient les longueurs à l’échelle pour que le circuit corresponde mieux à la réalité pour les insérer dans la farde ad hoc. Enfin, les plus grands de l’école inventaient différentes manières de voyager dans ce circuit et traduisaient en phrases à l’impératif ces variations. En revenant à la source, ces variations étaient traduites en dessins de moins en moins complexes pour aboutir à de simples pictogrammes que les enfants de la classe d’accueil pouvaient placer dans le circuit afin d’avoir de nouveaux défis à résoudre.

Ecole d’un nouveau monde, j’étais tour à tour médiatrice, catalyseur, animatrice, créant un cadre minimum mais sécuritaire et laissant le reste se vivre dans les limites du respect de soi, de l’autre et de l’environnement. Mon Chef se plaisait à parler de son école où on pratiquait une autre pédagogie !

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