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Bout à bout, mon histoire....

"Les larmes sont une rivière qui conduit quelque part. Elles entourent de leur flot le bateau qui emporte la vie de notre âme, viennent le soulever et l'entraîner hors des rochers, hors du terrain sec, vers un lieu nouveau, un endroit meilleur." - C. Pinkola Estés.

Un leg en signe de paix

Un leg en signe de paix

Château de Bouvignes, le 23 juillet 2014, sur le secrétaire de la maman de la chatelaine

Mes chers enfants, parmi le peu que je peux vous léguer, je vous demande de bien veiller sur ces quelques objets qui me viennent de mes parents. A vous mes filles et mes belles-filles qui allez porter ce léger collier fait de dentelle de métal oxydé et d’émaux bleus, sachez qu’il a appartenu à Mimi, ma maman, votre grand-mère.

Vous ne l’avez pas connue ou si peu. Quand vous l’avez rencontrée, elle vivait dans cette petite maison qu’elle a retapée de ses propres mains à la fin de sa vie. Maison de village, sans confort ni objets précieux et Mimi une dame, fripée par l’âge et les alléas de la vie. Vous ne l’avez pas connue parce que moi j‘étais en guerre avec elle ou c’est elle qui l’était avec moi. Je ne sais plus vraiment. Je crois que nous l’avons entretenue en alternance sans jamais pouvoir nous rencontrer.

L’époque de ce collier était toute autre.

Ma mère était une jeune femme joyeuse, cultivée et belle. Si belle que partout où elle apparaissait les femmes étaient jalouses et les hommes à ses pieds. Belle, elle savait qu’elle l’était. Elle rayonnait et rendait flamboyants tout dîner, toute réception, tout événement auquel on l’invitait. Mon père était accessoire.

Fille unique, choyée de ses deux parents, sportive, intelligente et créative, mais issue de la classe ouvrière, elle atteignit la plénitude en rencontrant papa. Par lui, elle acquit des titres de noblesse comme un écrin où elle pouvait s’installer et briller de tous ses éclats.

Ils sont partis vivre en Afrique. C’était encore l’époque coloniale. Sa joie de vivre, sa beauté, son énergie étaient réputées dans toute la région. Elle le savait.

Elle savait le profil qu’il fallait présenter au photographe pour être à son meilleur avantage. Du jeans chemise blanche relax au fourreau crème agrémenté de bijoux d’or et de perles véritables, tout lui allait ! Ou est-ce plutôt elle ? Elle qui savait choisir, Elle qui savait se mettre en valeur, Elle qui savait comment et quoi choisir pour être en adéquation totale avec son environnement ?

Ce collier, elle le mettait pour des soirées en tenue relax sur des robes bustier, qui relevaient sa poitrine qu’elle n’avait pas très fournie, à la jupe très évasée mais légère tombant jusqu’à la moitié de ses mollets de sportive qu’elle trouvait trop gros. Ces soirées étaient nombreuses, que ce soit au club équestre où ma mère était fine cavalière ou avec les collègues et relations professionnelles de mon père, architecte pour l’OCA (Office des Cités Africaines). Partout elle était la plus belle, la plus entourée, la plus admirée.

Il n’y avait, je crois, dans ce sentiment que la terre tourne autour et pour vous, pas beaucoup de place pour les deux enfants qu’étaient ma sœur et moi. Ma sœur a essayé de suivre le même chemin que ma mère pour être remarquée. Moi j’ai plutôt choisi la rébellion. Ce qui fait que nos routes se sont très souvent séparées et que vous ne l’avez guère connue. Mais quoi qu’il y ait eu entre nous, c’était une femme admirée et admirable…Maintenant qu’elle est morte, en vous léguant ce collier c’est ce souvenir que je voudrais que vous conserviez d’elle.

Je l’ai mis hier soir pour la première fois. Je l’ai trouvé bien sur ma peau, bien en équilibre sur mes épaules, bien avec moi. C’est comme si en vous le léguant accompagné de ce mot, j’avais enfin fait la paix avec la femme qu’elle était, la mère qui m’a nourrie de toutes ses qualités à défaut de m’offrir la sécurité et la tendresse de ses bras. Gardez en mémoire cette paix.

 

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