Prologue

par Ecchymoses  -  2 Janvier 2009, 14:40  -  #Prologue

Le 9 novembre 1997, pour un crachat à la figure, un matin, j’ai quitté à jamais mon mari, ma maison, mon jardin…

 

Par amour pour Lui, j’avais accepté de renier mes amis, ma famille, mes loisirs, mon passé.  J’avais excusé les coups de gueule, les coups de poing, les coups de pied.  J’avais accueilli les fantasmes, l’amie puis l’amante. 

 

Pendant quinze ans, j’ai été amoureuse, puis ou parallèlement, j’ai cru en mon pouvoir de le guérir enfin j’ai satisfait mes besoins de vivre en famille tout en demandant  à ma Foi, la tolérance, la patience et la force de tenir. 

 

Après mon départ, j’ai dû apprendre à survivre,  à me battre, à choisir, à défendre mes valeurs, à garder une cohérence.  J’ai dû accepter mes limites, écouter mes besoins, reconnaître mes disfonctionnements, reconstruire,…

 

Aujourd'hui, je me sens presque prête à entamer une nouvelle quête amoureuse.  Ma dernière étape dans mon processus de guérison sera ce récit thérapeutique.  Depuis plusieurs années, j’en sens le passage nécessaire mais les mots étaient encore trop confus, les souvenirs soulevaient encore trop d’émotions que pour pouvoir se conformer à la rigueur de la rhétorique.

 

D’autre part, je sais, de l’avoir lu dans le récit d’autres femmes ayant vécu la même expérience que moi, que le réel pardon du passé ne pourra se faire qu’après la reconnaissance de l’état de victime dans lequel je me trouvais.  J’ai espéré en la justice puis en la médiatrice, j’ai attendu que mon ex-mari et sa famille présentent leurs excuses.  J’ai même, pour être honnête, souhaité au fond de mes entrailles, que mes enfants me défendent.  Tout cela pour éviter de devoir me faire confiance à moi.  J’ai été une femme battue, et c’est vrai, même si je suis seule à le reconnaître.

 

Dans mes écrits, je veux être la plus honnête possible en acceptant toute la part de subjectivité inhérente à l’unicité du narrateur alors que toute relation est plurielle. 

 

J’y mets comme espoir de pouvoir enfin tourner la page.  Les mots écrits libèrent les tensions et les émotions, les larmes peuvent couler.  Les traces de mes vécus sur le papier me permettront d’évacuer le disque dur de ma mémoire.

 

Je pourrai donner un écrit à ceux qui me demandent d’expliquer pourquoi je suis restée, pourquoi si longtemps.  Je me suis surprise à me complaire dans la compassion que je lis dans le regard de mon interlocuteur.  Etape nécessaire à ma reconstruction, sans doute ou que j’accepte comme telle,  mais que je pense nuisible à mon indépendance affective et à la construction de mon image à mes propres yeux.

 

Dans l’acceptation de toutes celles que j’ai été par le passé,  je me sens enfin digne d’être reconnue, aimée pour ce que je suis et ce que je vis.  Du moins, j’essaie de m’en convaincre…

 

 

Parfois, quand je me relis et je me dis :  « Waouw, quel chemin parcouru ! Tu peux être fière de toi. »

 

Mais souvent, quand je compare mes peurs d’hier et celles d’aujourd’hui, je me dis qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour devenir celle que je voudrais être : avoir la spontanéité de la virginité et la sagesse de l’expérience, l’indépendance du voyageur et la douceur du foyer.

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